La sélection d’un hybride de tournesol riche en acide oléique, précoce et résistant aux maladies.

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Suite à un léger différent avec la Direction de Caussade Semences, en 1989, je quittais cette entreprise pour rejoindre quelques mois plus tard la division semences du groupe Cargill et prendre la direction du programme de sélection de variétés de tournesol précoces basé à St-Amand Longpré.

Depuis quelques années nous nous demandions si il valait mieux sélectionner des hybrides classique (à haute teneur en acide linoléique) ou si il valait mieux incorporer dans nos programmes les gènes mutés obtenu par Soldatov qui produisent de l’acide oleïque (l’huile d’olive) dans les graines de tournesol.

Fin 1989, je remarquait dans les résultats des essais agronomiques une nouvelle lignée codée D70080 dont les résultats était très bon pour la productivité et la précocité, basé sur les résultats de 3 lieux conduit en essais randomisés de 2 répétitions seulement.

Du côté des lignées restauratrices de fertilité, C168084 sortait également du lot. Je prévoyais donc de réaliser le croisement D70080 x C16084 l’année suivante.
Dès 1991 cet hybride obtint de très bon rendement dans un réseau pluri-local de 5 lieux et devint candidat pour l’inscription au catalogue national dès 1993 pour devenir l’hybride commercialisé sous le nom de Rigasol en 1995 ou 96, l’hybride le plus cultivé en Europe dans les années 98-2000.

La fixation et la maintenance des lignées D780 et C608, ainsi que la production des semences hybrides on été effectué par l’excellente équipe de la station de sélection de Sauzet.

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Pendant ce temps nous avions mis au point un système de back-cross assisté par marqueurs génétiques basé sur des marqueurs PCR ( les mêmes utilisés aujourd’hui dans la détection du Covid-19 !) avec le laboratoire de marqueurs moléculaires de Boissay. Et bien naturellement nous avons entrepris un backcross des lignées A et B de D780 (diminutif de D70080) pour le gène de résistance au mildiou sélectionné à Fargo par l’équipe de Miller et distribué dans la lignée HA335.

En même temps nous avions back-crossé les gènes de haute teneur en acide oleique dans la lignée D780 pour obtenir la lignée D788.

L’hérédité de la teneur en acide oléïque faisait preuve, à l’époque, de nombreux débats dans la littérature scientifique et les résultats que nous obtenions ne correspondait pas aux résultats présentés.

Nous avions constaté qu’en sélectionnant des plantes issus de cotylédons dont la teneur était supérieure à 82 % d’acide oléique, nous obtenions dans la descendance des plantes à forte teneur en acide oleïque, quelque soit les conditions de maturation de la plante mère ( les spécialistes me comprendront !)

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Durant cette période, la lignée C608 est resté complètement réfractaire à la transformation en acide oleïque. Pas la moindre descendance high oleic dans le résullat des croisements.

Le repiquage de plantules hors du laboratoire de Boissay était plutôt artisanale : nous mettions des bidons d’au dans le coffre de la voiture pour aller arroser manuellement les plantules, et seules 3 plantes issues du croisement BD787 x BD788 ont survécues. Heureusement, une ce ces plantes contenait tous les gènes recherchés :

  • Les gènes de résistance au sclérotinia et au phomopsis de D780
  • Les gènes de résistances au mildiou de HA335
  • Les gènes de haute teneur en acide oléique
  • Les gènes de précocité
  • Les gène qui apportent une bonne germination à cette lignée
  • Les bons gènes d’autocompatilité qui font que la fécondation du capitule est très bonne et donc le rendement aussi.

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Tous ça dans une même plante sur laquelle nous allions attacher l’étiquette BD789 !
L’obtention de cette lignée aura nécessité plus de 20 ans de travail continu.

La sélection de BD70080 nécessita la coopération de plusieurs stations de recherches ainsi que sa transformation en BD787 , BD788 et BD789. C’est la persévérance dans l’action qui a pu se poursuivre sur une longue période qui a permis la sélection de cette lignée.

En juillet 2000, suites à quelques divergences avec la direction de l’entreprise, qui entre-temps avait changé, je voguais vers de nouvelles aventures…

Je tiens à remercier tous mes collègues de l’époque qui ont participé à cette magnifique aventure.

Je suis particulièrement heureux d’avoir pu mener à bien cette création variétale, pendant toutes ces années .

Reférences :

  • Soldatov, K.I., 1976. Chemical mutagenesis in sunflower breeding. Proc. VII Int. Sunflower Conf., pp 352-357.

  • The Pervenets High Oleic Mutation: Methodological Studies : Séverine Lacombe; André Jean Bervillé; Y. Griveau. January 2004 Helia 27(40):41-53

  • Inheritance of Resistance to Race 4 of Downy Mildew Derived from Interspecific Crosses in Sunflower
    J. F. Miller, T. J. Gulya, 1991 Crop Science

  • Sclerotinia sclerotiorum sur tournesol. Différences de sensibilité variétale et méthodes de sélection, F. Vear and D. Tourvieille, vol.106, 1984.