L'écosystème Polygon

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Cet article vous est proposé par @valentin-mtx et @tipawqeos

Introduction

Malgré le succès des cryptomonnaies depuis une dizaine d'année,
leur utilité concrète peut encore être questionnée,
notamment sur la manière dont les développeurs ou entrepreneurs
peuvent utiliser la blockchain pour créer leurs projets ou leurs applications ?
Lorsque la demande pour des services qui ne souhaitent
pas dépendre du pays dans lequel l'utilisateur se situe augment, les
cryptomonnaies semblent être une solution idéale. Commençons
brièvement par évoquer la chaîne Ethereum. Celle-ci répond à la
problématique environnementale du Proof of Work venant du Bitcoin,
et apporte un tout nouveau moyen d'exécuter du code, les "smart
contracts", puis est devenue très populaire au fil des années lorsqu'il
s'agit de gérer les transactions en cryptomonnaies sur des applications
tierces. Seulement, après un tel succès, la blockchain ETH n'était plus
assez performante pour gérer tout le flux des transactions, ne prenant
en priorité que les plus offrants, amenant à une hausse considérable des
frais de transactions et rendant l'utilisation de l'ETH comme outil
monétaire dans des applications impossible. Nous allons donc étudier les
solutions données à ce problème, et leurs applications d'aujourd'hui.
Mais revenons d'abord sur ce qui différencie ETH de Bitcoin, le Proof of
Stake.

Ethereum et le Proof of Stake

Ethereum est tout d'abord une blockchain infalsifiable en pratique, tout
comme le Bitcoin, qui permet de plus l'exécuter de smart contracts. Ce
sont des contrats qui représentent des programmes "automatiques", des
codes ne se lançant que si une condition, définie au préalable et
mesurable dans le futur, est réalisée.

Ethereum repose aujourd'hui sur un mécanisme appelé Proof of Stake.
Contrairement à Bitcoin, cette manière d'authentifier la chaîne n'est
pas énergivore et ne requière pas le calcul de plus en plus complexe de
nombres aléatoires. Ici, la validation des blocs est donnée à des
"validateurs" qui donnent une caution, et qui mettent en jeu
une somme d'argent qui leur appartient pour prouver leur honnêteté. Ce
système fonctionne très bien en pratique et le nombre de tentatives de
fraudes est faible / facilement vérifiable et debunkable. Les fraudeurs
se voient retirer leur caution, on appelle ça le "Slashing".

Le Mécanisme Validator / Delegator

Polygon utilise donc ce système basé sur la confiance pour sécuriser ses
transactions :

  • Validateurs : Ils bloquent des jetons POL (anciennement MATIC).
    C'est leur caution / garantie de bonne conduite.
  • Délégateurs : Les utilisateurs peuvent « déléguer » leurs jetons
    à un validateur de confiance. Ils partagent les récompenses tout en
    augmentant la bonne réputation du validateur choisi.

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Exemple : Sur Ethereum, un validateur doit bloquer 32 ETH pour
participer. Cette somme est une forte incitation à maintenir le réseau
en bon état.

Limites actuelles posées par Ethereum

Malgré sa puissance, Ethereum fait face à des limitations majeures :

  • Gas fees élevés : Ces frais, payés pour chaque transaction,
    s'envolent dès que la demande dépasse les capacités du réseau, pouvant atteindre plusieurs centaines d'euros
  • Débit Faible : Le Layer 1 (la couche de base d'Ethereum) ne
    traite que 15 transactions par seconde environ, ce qui est
    insuffisant pour un déploiement à l'échelle mondiale.

Ces contraintes rendent les applications comme la finance décentralisée
(DeFi), le jeu vidéo ou les marchés prédictifs peu viables lorsqu'ils
sont directement implémentés sur la chaîne principale.

La solution : Le Layer 2

Pour résoudre ces problèmes liés à l'ETH, les développeurs ont trouvé
des moyen d'obtenir une meilleure scalabilité : la capacité
d'augmenter fortement le nombre de transactions sans pour autant
sacrifier la sécurité et faire exploser les coûts.

L'idée est de construire des voies plus "rapides" par-dessus de la
voie principale (la première couche). C'est donc le rôle et la
définition des Layer 2.

Solutions concrètes de mise à l'échelle : Rollups et Validiums

Les transactions sont exécutées hors chaîne pour obtenir plus de
rapidité, mais leur validité reste garantie par la blockchain Ethereum :

  • Exécution Off-Chain : Le Layer 2 traite les opérations, met à
    jour la comptabilité entre deux utilisateurs et gère l'état des
    comptes à moindre coût. (Il peut notamment rassembler plusieurs
    opérations ou faire une sorte de "prêt" qui sera remboursé par le
    créancier après une série de transactions afin de rassembler tous
    les achats du créancier en une seule ligne comptable.)
  • Compression via Rollups : Un rollup regroupe des milliers de
    transactions en un seul lot de taille réduite.
  • Règlement On-Chain : Une seule preuve mathématique du lot est
    envoyée au Layer 1. Si cette preuve est valide, Ethereum valide
    instantanément l'ensemble des transactions contenues. Le défi est
    ici d'avoir une preuve mathématique suffisamment solide pour
    crédibiliser tout ce qui n'est pas montré directement.

Il faut noter qu'il existe une différence entre les optimistic rollups
(présomption d'honnêteté avec période de contestation) et les
zk-rollups (fondés sur des preuves cryptographiques dites
zero-knowledge).

Exemple : Arbitrum et Optimism sont des exemples possibles de
optimistic rollups, tandis que Polygon (que nous allons présenter dès
maintenant) investit massivement dans les *zk-rollups* pour une sécurité
mathématique immédiate.

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Polygon : un exemple de solution

Polygon s'est rapidement imposé comme une sidechain majeure, une
blockchain parallèle connectée à Ethereum par un pont. Elle est
totalement compatible avec l'EVM (Ethereum Virtual Machine),
l'environnement qui exécute les smart contracts. Cette compatibilité
permet aux développeurs de porter leurs applications d'Ethereum vers
Polygon sans effort, tout en offrant des frais quasi-nuls tant attendus
aux utilisateurs.

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Polymarket : une application concrète de Polygon sur des marchés prédictifs

Polymarket est un marché prédictif décentralisé. Les utilisateurs y
échangent des jetons dont le prix reflète en fait la probabilité d'un
événement futur (élections, économie, sport).

Initialement limité par les frais d'Ethereum, Polymarket utilise donc
Polygon pour permettre des échanges fréquents et accessibles à tous,
illustrant l'utilité des Layer 2. Le succès de la plateforme repose sur
une mécanique de « parts binaires » transformées en tokens, permettant
une liquidité instantanée et la revente des positions avant la fin de
l'évènement sur lequel l'utilisateur a parié. En gérant des milliards de
dollars de volume lors des dernières élections américaines, Polymarket a
démontré la capacité de Polygon à traiter une charge massive de
micro-transactions avec des frais très faibles. Ce volume d'activité
contribue à la sécurité économique du réseau : chaque transaction brûle
une fraction de jetons POL, créant un lien direct entre l'utilité de
l'application et la valeur du protocole.

Exemple : Si un jeton « Oui » pour une victoire électorale
s'échange à 0,60$, le marché estime qu'il y a 60 % de chances que
l'événement se produise. À l'issue de l'événement, le jeton vaudra soit
1$, soit 0$. Mais comment mesure-t-on la réalisation ou la
non-réalisation d'un évènement?

Rôle des oracles

Les smart contracts étant dans la blockchain, ils ne peuvent pas
"connaître" le monde réel. Les oracles servent donc
d'intermédiaires : ils fournissent au contrat les données externes
tirées de la vie réelle nécessaires (résultats sportifs, météo, prix).

Dans le cas de Polymarket, l'oracle est fondamental pour confirmer le
résultat d'un pari et déclencher ou non un paiement. C'est toutefois un
possible point sensible, car une erreur de l'oracle fausserait le
contrat et ses conséquences.

Chainlink est le standard industriel en terme d'oracles pour la finance,
mais Polymarket utilise l'Optimistic Oracle de UMA.

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Ce système unique possède un mécanisme de jeu assez particulier : n'importe qui
peut proposer une réponse (par exemple le résultat d'une élection), et
celle-ci est considérée vraie sauf si elle est contestée durant une
fenêtre de dispute (généralement d'une durée de 2 heures). En cas de
litige, ce ne sont pas quelques nœuds centraux qui décident, mais
l'ensemble des détenteurs du jeton UMA votent sur la "réalité" des
faits. Ce mécanisme garantit un choix décentralisée et résistant à la
censure, essentiel pour des marchés prédictifs portant sur des sujets
sensibles comme la politiques ou les problématiques géopolitiques.

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Stablecoins et flux monétaires

Pour éviter la volatilité des cryptomonnaies classiques sachant que les
utilisateurs ne sont pas forcément censés détenir ou s'y connaître en
crypto, Polymarket utilise des stablecoins comme l'USDC. Ces jetons
sont indexés sur une monnaie stable (le dollar américain) via un
ajustement des quantités / offre-demande pour servir d'unité de compte
quasi-fixe et très fiable empiriquement.

Exemple : 1 USDC vaut donc toujours 1 dollar car il est garanti par
des réserves bancaires tangibles. Cela permet aux parieurs de réfléchir
en dollars plutôt qu'en une cryptomonnaie fluctuant tout autant que les
probabilités des paris.

Bridges et failles de sécurité possibles

Pour passer son argent d'Ethereum à Polygon, on utilise un bridge
(une passerelle). Le protocole verrouille les jetons sur la chaîne de
départ et en émet l'équivalent sur la chaîne d'arrivée. Bien que
pratiques, ces ponts sont des cibles pour les hackers et doivent être
surveillées de près.

Enjeux Réglementaires

Enfin, l'essor des nouvelles plateformes comme Polymarket soulève des
questions juridiques, notamment autour des obligations KYC/AML
(lutte contre le blanchiment). Les régulateurs cherchent à définir si
ces marchés sont des outils de prédiction pouvant donner un bon
benchmark aux journalistes (cas de l'élection présidentielle où
polymarket voyait déjà D.Trump gagnant avec une probabilité de 70%
contrairement à une probabilité de 51% pour les sondages et médias).

Le statut de ces marchés reste un point de friction majeur. Aux
États-Unis, la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) a
précédemment fortement sanctionné Polymarket pour avoir opéré sans
licence, les forçant à bloquer l'accès de l'application aux américains,
bien que l'usage via VPN restais techniquement possible. La distinction
juridique entre jeu de hasard et instrument financier est au cœur des
débats actuels. Avec le nouveau gouvernement en place aux USA cependant,
la régulation des marchés de ce type a fortement reculée et oblige les
hedge fund à embaucher des traders / quants spécialisés dans polymarket
pour maintenir leur diversification d'actifs. Polymarket est donc,
malgré l'aspect éthique que l'on peut et devrait tout à fait remettre en
question, une des applications les plus populaire de la technologie
proposée par Polygon en ce moment et pour les années à venir si la
dynamique actuelle reste la même.

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Une Question ouverte :

  • Les Layer 2 finiront-ils par absorber la majorité de l'activité
    d'Ethereum ?